Surproduction d’électricité en été ?

500.000 ménages (s)ont la solution !

Elia a annoncé en juin le risque d’un excès d’électricité sur le réseau durant les dimanches d’été. Au point de provoquer un « black out » estival ? Sans doute pas. Mais avec la croissance des productions renouvelables, la collectivité devra apprendre à maîtriser ce risque. L’APERe invite dès lors les ménages belges à s’habituer à faire tourner leurs appareils électro-ménagers durant les pics de production photovoltaïque plutôt que la nuit. On va vers le soleil, en journée !

Un « black-out » électrique en été ? Peu probable. Cela impliquerait de combiner un record photovoltaïque, un record éolien, du temps chaud, une faible consommation d’électricité et un parc nucléaire tournant à plein régime. Or, notre expérience de monitoring de la Météo des énergies renouvelables nous montre qu’une journée très ensoleillée n’est jamais aussi très venteuse. Il est d’avantage probable d’assister à un arrêt (planifié ou non) de réacteur(s) nucléaire(s).

L’APERe estime cependant qu’un scénario « à risque » pourrait survenir à plus long terme, au fur et à mesure de la croissance des productions renouvelables. L’éolien et le photovoltaïque atteignent déjà 35% du mix électrique certains dimanches.

L’APERe a illustré ci-dessous les circonstances particulières d’un hypothétique « black-out » estival, réunies sur un dimanche, journée de faible consommation. On y observe un surplus de 1000 MW en milieu de journée, et ce même si l’on exportait notre production électrique au maximum des capacités disponibles (vers la France et les Pays-Bas).

Face à un tel scénario, plusieurs possibilités s’offrent à nous (chacunes avec leurs contraintes): 

  1. Nous pourrions couper/brider une partie de la production solaire et/ou éolienne.
    > L’injection des productions renouvelables est prioritaire sur le réseau électrique (directive européenne) : son bridage ne peut donc pas être la première solution.
    > Ce bridage ajouterait un coût à la facture énergétique car les producteurs solaires et éoliens devront être dédommagés pour leur « non production ».
    > Enfin, sur le principe, pourquoi nous priver du vent et du soleil, sources d’énergie propres et gratuites ?
  2. Nous pourrions couper/brider une partie de la production traditionnelle, qui consomme du combustible payant.
    > Ce n’est pas possible pour les centrales nucléaires belges : elles ne sont pas flexibles et fonctionnent en « tout ou rien », à l’échelle de la journée.
  3. Nous pourrions augmenter les interconnections afin d’exporter nos surplus.
    > Ce type d’aménagements fait partie de la solution. Il est d’ailleurs en cours vers l’Allemagne et l’Angleterre. Cependant, il se planifie à long terme (minimum 15 ans) et s’avère coûteux et donc non-réplicable.
  4. Nous pourrions stocker l’énergie excédentaire pour en profiter plus tard.
    > Les coûts de stockage, qu’ils soient en batterie ou en hydraulique (Coo), reviennent plus cher que de couper la production renouvelable.

500.000 ménages (s)ont la solution !

In fine, la solution la plus simple et la meilleure marché consisterait à inciter les ménages belges à consommer en journée – lors des pics de production photovoltaïque – plutôt que la nuit.

A titre d’exemple, si 500.000 ménages (soit moins de 15% des ménages belges) réalisaient systématiquement la production électrique de leur eau chaude sanitaire en journée, nous trouverions les 1.000 MW de capacité de régulation qui manquent (voir graphique). Avec 4,5 millions de ménages belges susceptibles de consommer en journée, les capacités à trouver sont à portée de main !

Si tous les ménages belges prenaient cette nouvelle habitude, nous reculerions et diminuerions les besoins de bridage des productions renouvelables et de capacités de stockage, tout en échangeant avec nos voisins via les interconnections.

C’est d’ailleurs le comportement recommandé aux propriétaires de panneaux photovoltaïques : utiliser l’électricité au moment où ils la produisent. Pour les y aider, la campagne Va vers le soleil communique les prévisions d’ensoleillement et de pics de production photovoltaïque dans les météos de la rtbf et sur Meteo-renouvelable.be.

Les dimanches d’été, ces prévisions peuvent être utilisées par tout un chacun pour déplacer les consommations au moment où l’électricité solaire abonde. Les appareils électro-ménagers (lave-vaisselle, lave-linge, sèche-linge) sont facilement déplaçables en journée. Quant au boiler électrique, si tous les propriétaires de panneaux photovoltaïques le lancent en journée plutôt que durant la nuit, le déplacement de charge absorbera sans problème le pic de production solaire.

Alors, on va vers le soleil ?


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